Fruits de passions

Fruits de passions

Mes conneries en montagne... et les leçons qu'il est possible d'en tirer

Cet article est un peu une galerie des horreurs. Il liste les conneries, les imprudences que j'ai commises en montagne et qui auraient pu me coûter cher.

J'en ai honte et je les regrette, mais je voudrais y voir du positif en en tirant les leçons qui s'imposent. Ces conneries et ces leçons, je les partage avec vous pour que nous avancions tous ensemble vers une pratique de la montagne plus mature et responsable.

 

LA GALERIE DES CONNERIES

 

Connerie n° 1 : au royaume des aveugles, les borgnes sont rois!

 

Le col du Borgne (3039 m), dans la vallée des Allues (Vanoise), est défendu par le tout petit glacier du Borgne, juste en-dessous. Il faut contourner ce dernier en marchant sur son bord, pour accéder au col. Mais comment le contourner, par la droite ou par la gauche ?

 

Il était tôt, la neige sur le glacier était encore bien gelée, et il me semblait que la pente était plus forte à gauche. Démuni de crampons, craignant de glisser, et pressé d'arriver au col, je suis donc parti à droite, où la pente était moins forte.

Erreur! J'ai fini par me rendre compte, grâce à la carte, que le vrai col était complètement à gauche du glacier. J'ai donc dû opérer une longue traversée en haut du glacier, dans la neige (et donc au risque de glisser sur le glacier) pour rejoindre le col. Et en plus, ce trajet m'a fait passer en-dessous d'une barre rocheuse, où les chutes de pierres sont fréquentes (rien de pire qu'une pierre qui roule sur la neige et qu'on n'entend pas arriver...). Heureusement que j'avais mes bâtons pour m'aider à garder l'équilibre!

 

Donc, si je n'avais pas été si pressé et si j'avais pris le temps de bien lire ma carte, j'aurais attaqué le côté gauche, quitte à attendre le soleil pour que la neige ramollisse.

D'ailleurs à la descente, je me suis rendu compte que ce côté était finalement assez facile.

 

Connerie n° 2 : trouille au Roc de Tougne

 

Ayant choisi une petite rando facile d'automne, j'étais monté de mottaret (encore la vallée des Allues) jusqu'aux crêtes de Tougnète, pour rejoindre le mont de la Challe par le Roc de Tougne. Le sentier longe la base de ce dernier, mais je tenais à gravir son sommet, encouragé par un topo sur internet qui mentionnait une "escalade facile".

Intimidé par les ressauts rocheux qu'il fallait franchir, je me suis rabattu sur un couloir qui me semblait plus facile!

Erreur! Monté de quelques mètres environ dans le couloir, j'ai réalisé que rien ne tenait, que toute la pente était friable! Et j'ai commencé à avoir les choquottes en me demandant comment je redescendrais sans me casser le cou!

Après une petite prière et un petit exercice de respiration, j'ai commencé à redescendre tout doucement, sur le derrière. Ce n'était pas très glorieux, mais c'était encore la meilleure méthode, ne pouvant trouver aucune prise solide pour mes mains et pour mes pieds...

J'ai donc retrouvé le sentier et j'ai continué mon escapade jusqu'au mont de la Challe.

 

Connerie n° 3 : ce qui aurait pu devenir un vendredi noir...

 

Je souhaitais monter au Roc des eaux noires (2994 m) avec un ami, encouragé par un topo sur internet qui ne parlait à nouveau que d'une "escalade facile". J'avais bien reconnu le trajet sur la carte IGN, par des photos du bastion sommital et par des photos satellites trouvées sur internet.

Tout allait bien, l'escalade était effectivement très facile, presque de la marche, dans du bon rocher, même au niveau du bastion sommital.

Le problème, c'était les 3 ou quatre derniers mètres sous le sommet... une pente parsemée d'éboulis... Et la chute n'était pas une option envisageable!

 

Voyant le sommet si proche, à portée de main, j'ai commis une faute en décidant de gravir ces derniers mètres. Et le pire, c'est que j'étais avec cet ami qui était très bon marcheur, mais moins expérimenté que moi en montagne.

Certes, nous y sommes allés en prenant un maximum de précautions, et tout s'est bien passé. Mais je ne peux m'empêcher de me dire qu'il aurait pu en être autrement et que l'un de nous aurait pu glisser et chuter... J'aurais dû renoncer et proposer à mon ami de revenir un peu en arrière et de nous contenter de gravir une antécîme sans risque.

 

C'est ma plus grosse connerie, elle m'a laissé un goût très amer, et c'est d'ailleurs elle qui m'a donné envie de me remettre en question et d'écrire cet article...

 

LES LECONS A EN TIRER

 

Leçon n° 1 : le risque peut souvent être évité en amont de la randonnée

 

Une très bonne préparation peut nous éviter bien des risques : regarder la carte très en détail, en identifiant les zones potentiellement délicates. Il faut alors se demander s'il n'est pas préférable de les contourner, voire de renoncer à la randonnée. Il n'est pas non plus interdit de demande conseil!

 

On peut se fixer un objectif minimal, identifié à l'avance comme absolument sans risque, et un objectif maximal. Sur le terrain, au cas où atteindre l'objectif maximal s'avèrerait trop risqué, la possibilité de se contenter d'un objectif minimal réduirait les frustrations et éloignerait les mauvaises tentations...

 

Leçon n° 2 : savoir s'arrêter et observer son environnement

 

En montagne, on prend rapidement un certain rythme de montée, surtout quand on acquiert le second souffle.

 

Le risque est alors double :

  • Notre petit orgueil peut nous pousser à tenter de tenir un délai : "j'ai prévu de gravir ce sommet en 5 heures, et je le ferai". Et dans ce cas, on ne prend pas le temps d'observer son environnement et d'évaluer correctement les risques.
  • Le cerveau finit par s'habituer au rythme répétitif de la montée, et à écarter tous les informations qui pourraient nous détourner de ce simple geste de mettre un pas devant l'autre. Et on peut donc se retrouver très rapidement dans une zone dangereuse et s'en rendre compte trop tard.

 

Leçon n° 3 : savoir écouter son instinct de survie... et celui des autres

 

L'ivresse des cîmes nous guette, au fur et à mesure que l'on s'approche du but convoité!

Et lorsqu'il est presque atteint, il est très difficile d'y renoncer... On est omnubilé par l'objectif, on oublie les règles de prudence les plus élémentaires et c'est alors que la faute est commise.

 

Et pourtant, j'ai remarqué que d'une façon ou d'une autre, notre instinct de survie sonne l'alarme dans ces moments-là : cela peut être une hésitation, une crainte, un vertige momentané, etc. C'est le signe qu'il y a danger et qu'il faut se reprendre immédiatement!

Le problème, c'est que cet instinct est souvent minimisé ou nié face à des arguments fallacieux, faussement rationnels : "c'est trop bête d'avoir fait tout ce chemin pour renoncer si près du but", "c'est un passage délicat, mais avec mon expérience, je devrais m'en sortir", etc.

 

Et si l'on n'est plus capable d'entendre notre sonnette d'alarme intérieure, il faut pouvoir entendre celle des autres : "... euh, t'es sûr qu'on doit vraiment passer par là ?..., etc. Dans ces instants-là, les autres peuvent être notre planche de salut!

 

Leçon n° 4 : l'imprudence vient avec l'expérience!

 

Cette affirmation semble paradoxale, mais elle est vraie! Un ami parapentiste m'a dit il y a longtemps que, dans sa discipline, les grandes imprudences étaient commises, non après une expérience de 30 vols, mais de 200-300 vols...

Cela fait 30 ans que je marche en montagne, j'en ai une certaine expérience, je fais même régulièrement un peu d'alpinisme (toujours avec un guide cependant), et je remarque que les trois conneries que j'ai listées ont été commises en à peine un an... depuis l'année dernière!

Cela montre que j'ai pris de l'assurance, mais que celle-ci m'a aveuglé dans certaines occasions. Or, à la base, je suis quelqu'un de prudent, pas du tout une tête brûlée... Et, dans bien des situations, j'ai su évaluer correctement les risques. Mais avec l'expérience, j'ai visé des objectifs plus importants, ce qui m'a conduit à être plus souvent confronté à des situations risquées. Et donc, la probabilité d'une faute de ma part s'est mise à augmenter...

 

Finalement, c'est peut-être seulement maintenant, après 30 ans, que je commence à peine à acquérir un tout petit peu d'expérience... en apprenant à renoncer quand il le faut! Pourvu que ce regain tout neuf de prudence s'inscrive réellement dans la durée!

 

 

CONCLUSION

 

Certains accidents sont liés à des causes naturelles, mais la plupart sont liés à des erreurs humaines!

Le rythme machinal de notre montée, notre orgueil, l'ivresse des cîmes, notre passion immodérée de la montagne, ont tendance à altérer notre état de conscience normal. Nous sommes ainsi plus enclins à occulter les risques, à refouler nos craintes, et à commettre des fautes.

Sachons bien que, malgré un long parcours sans faute jusque là, il suffit, dans une fourchette de temps de quelques secondes, d'une seule erreur pour qu'une catastrophe irrémédiable survienne.

 

Soyons donc conscients de nos failles pour devenir progressivement un tout petit peu plus humbles, et pour savoir profiter de la montagne dans de bonnes conditions de sécurité.

 


Contrat Creative Commons
Le contenu de Fruits de passions by Guillaume Humblot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.



01/08/2015
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Voyages & tourisme pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 7 autres membres