Fruits de passions

Fruits de passions

Le bouquetin des Alpes

IMG_2613.JPG

Jeune bouquetin mâle, entre le 2ème et le 3ème lac Mont Coua, vers 2650 m

 

DESCRIPTION

 

Le bouquetin est un bovidé de la sous-famille des caprinés, comme la chèvre et le chamois.

Il est très facile de différencier le mâle de la femelle.

Le mâle, ou bouc, comporte des cornes recourbées vers l'arrière, qui s'allongent avec l'âge, jusqu'à atteindre 1 m de long et un poids de 6 kg la paire chez certains spécimens. Ces cornes possèdent des bourrelets (nodosités) répartis sur toute leur longueur. Le mâle mesure entre 75 et 90 cm au garrot et 1,40-1,60 m de longueur, et peut peser jusqu'à 100 kg. Bref, un animal costaud!

 https://static.blog4ever.com/2010/12/454505/artfichier_454505_2565577_201308124325311.jpg

  Vieux bouquetin mâle, entre le 2ème et le 3ème lac Mont Coua, vers 2650 m

 

En comparaison, la femelle, appelée étagne, est plus petite : entre 70 et 78 cm de hauteur au garrot pour une longueur comprise entre 1,05 et 1,45 m. Son poids oscille entre 35 et 50 kg. Ce sont les cornes qui permettent de les différencier le plus facilement des mâles : elles sont plus courtes (20-30 cm de long), plus fines, et dépourvues de bourrelets.

 

https://static.blog4ever.com/2010/12/454505/artfichier_454505_3997796_20140809032481.jpg
Etagne sous la brèche Portetta (dents de la Portetta), vers 2500 m

 

Le petit, ou cabri, est dépourvu de cornes jusqu'à 3 mois.

 

IMG_2496.JPG
Cabri, en haut du passage de Mey, vers 2700 m (Dents de la Portetta)

 

Le bouquetin a un pelage d'été et un pelage d'hiver

Le pelage d'été du mâle est de couleur gris-beige à part le ventre qui est parfois blanc, le dessus de la queue brun marron, les membres plutôt brun foncé voire noirâtres et une bande médiane sur le dos de couleur presque noire (celle-ci peut cependant faire défaut).

Dès le mois de novembre, le pelage des mâles s'assombrit et devient marron foncé. Les poils sont plus longs et plus denses.

 

IMG_4240.JPG
bouquetins mâles avec leur pelage d'hiver (Versant Sud du Revers de Gébroulaz, vers 2600 m)

 

Le pelage de la femelle est d'un beige jaunâtre ou châtain clair, à l'exception du ventre plutôt blanchâtre et des membres qui sont brun foncé. Il s'assombrit légèrement en hiver. En tous cas, été ou hiver, la robe de l'étagne est plus claire que celle du bouc.

Le pelage des jeunes bouquetins est beige fauve à la naissance, plus clair que celui des étagnes, et demeure ainsi jusqu'à l'âge de deux ans.

 

 

LOCALISATION

 

Généralités

 

Il y a 100 000 ans, le bouquetin vivait dans une grande partie de l'Europe. Il a inspiré nos ancêtres du paléolithique supérieur, qui l'ont représenté sur les parois de leurs grottes, à Lascaux par exemple.

Actuellement, il peuple une bonne partie du massif alpin, même s'il n'occupe pas encore l'ensemble de son habitat potentiel. Il y environ 30 000 animaux dans les Alpes, dont 10 000 en France. La plus grosse population, c'est à dire 1841 individus, vit en Vanoise (chiffres de 2012).

 

Selon les saisons, l'altitude à laquelle on peut trouver le bouquetin varie de 500-1000 m à 3 000 m. Même si des migrations peuvent exister dans certaines zones, c'est un animal plutôt sédentaire, qui ne parcourt qu'en moyenne 6-7 km entre les lieux d'hivernage et d'estive. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est difficile de réintroduire le bouquetin dans un endroit vierge de sa présence : il a tendance à vouloir regagner son territoire d'origine et la colonisation du nouveau territoire ne se fait que très lentement.

L'été est la saison où il monte le plus haut. Selon l'heure de la journée, il stationne entre 2400 et 3000 m, si l'altitude du massif le permet.

L'hiver, il descend dans les vallées chercher sa nourriture, parfois à proximité des habitations, vu qu'il ne craint pas tellement l'homme.

Le bouquetin est un animal grégaire (les solitaires, des individus âgés, sont rares), mais les mâles et les femelles vivent en groupes séparés, sauf au moment de la période de reproduction, qui dure de fin novembre à janvier. Les femelles sont avec les petits nés dans l'année (la mise bas a lieu en juin).

 

Le bouquetin est un animal essentiellement diurne. Il s'active avant le lever du soleil et pendant les premières heures du jour, ainsi que le soir avant la tombée de la nuit. Le reste du temps, il se prélasse sur des terrasses herbeuses bien exposées au soleil. Un versant ensoleillé avec des coulées d'éboulis et quelques touffes d'herbe sont l'idéal pour eux.

En été, dans la journée, ses déplacements entre les zones de repos et de pâturage sont faibles et sont essentiellement altitudinaux. Il monte en patûrant au petit matin, se repose entre 2700 m et 3000 m dans la journée, et redescend le soir.

Ses déplacements sont plus importants l'hiver, selon les conditions d'enneigement. Il cherche les endroits les plus secs, c'est à dire les pentes raides orientées au Sud, où la neige fond le plus vite.

 

IMG_2733.JPG
Bouquetins mâles allongés dans les pentes du Grand Perron des Encombres (vers 2700 m)

 

 

https://static.blog4ever.com/2010/12/454505/artfichier_454505_4311608_201411252419719.jpg
Bouquetins mâles allongés dans les pentes du Grand Perron des Encombres (vers 2700 m)

 

A noter que le bouquetin est très à l'aise dans les fortes pentes rocheuses, grâce à ses sabots parfaitement adaptés à ce type de de terrain (plus que le chamois lui-même). Il n'est pas rare de voir le bouquetin descendre la tête en bas dans une paroi rocheuse inclinée à 80°! Il est par contre beaucoup moins à l'aise dans la neige, contrairement au chamois. L'été, il évite de traverser les grands névés ou les glaciers.

 

C'est donc à l'aurore, au petit matin, et le soir qu'il est le plus facile de les observer, car ils sont repérables à leurs mouvements et au bruit qu'ils font. Le reste du temps, ils sont immobiles, et souvent couchés. De plus, ils sont plus en bas en altitude le matin et le soir.

Ainsi, il y a quelques années, alors que je descendais le passage des Eaux noires, dans la vallée des Allues, et que j'étais concentré sur ma descente, délicate dans ce couloir d'éboulis, j'ai entendu des pierres rouler plusieurs fois. Trouvant cela étrange, j'ai levé la tête. Ils étaient là, au-dessus de moi, dans la paroi rocheuse de droite, montant pour brouter la végétation perchée sur les vires. C'était des cabris et des étagnes. J'étais stupéfait de les voir se déplacer aussi facilement dans cette falaise! Et dire que sans le bruit de ces pierres, je serais passé à côté sans les voir! C'était en début de matinée, fin juillet.

Une autre fois, l'année dernière, près de cet endroit, alors que je montais à la pointe des Fonds, j'ai repéré, entre le deuxième et le troisième lac Mont Coua, deux mâles en train de brouter, grâce au mouvement des cornes du plus âgé, illuminées par les premiers rayons du soleil.

 

En général et contrairement au chamois, il est possible d'approcher un bouquetin de près, celui-ci étant, comme je l'ai dit plus haut, assez peu craintif (dans les endroits où il est protégé, ce qui est le cas en France). D'un tempérament placide, il effectue souvent ses mouvements au ralenti (même s'il peut faire des pointes de vitesse à 70 km/h). Dans mon dernier exemple, je me suis approché de mes deux mâles à 10 m voire moins, et j'ai pu les filmer et les photographier sans souci. Ceci dit, il est déconseillé de les approcher de plus près, au risque de les rendre agressifs ou de les faire fuir!

 

Montage vidéo-photo sur les bouquetins en Vanoise, à visionner de préférence en HD :

 


 

Néanmoins, ce que j'énonce n'est pas une règle absolue. Certains spécimens sont bien plus sauvages. Cela dépend des endroits où on les rencontre, de la période de l'année, de leur âge, etc. Ainsi, comme je montais les flancs de la pointe du Vallaisonnay, dans la vallée de Champagny, j'ai vu un jeune bouquetin mâle détaler littéralement à ma vue, alors que j'étais encore à au moins 20 m de lui.

Une autre fois, en automne, je n'ai pas pu m'approcher à moins de 20 mètres de trois bouquetins mâles d'âge mûr. Le premier s'est un peu énervé en me voyant (queue dressée et tête basculée vers l'arrière). Ceci dit, ils ne s'enfuyaient pas, ils s'éloignaient juste en marchant quand je m'approchais trop près. C'était dans la vallée des Allues, sur les pentes Sud du Revers de Gébroulaz.

De plus, les femelles sont, en général, plus craintives que les mâles, et se laissent moins facilement approcher, surtout quand elles ont des cabris avec elles.

 

IMG_3490.JPG
Jeune bouquetin mâle sur les pentes de la pointe du Vallaisonnay, vers 2650 m (zoom). Je l'ai revu un tout petit peu plus haut, et c'est là qu'il a pris la poudre d'escampette!

 

 

Localisation en Vanoise

 

Les bouquetins étaient 1841 en Vanoise au dernier recensement de 2012*. Les effectifs fluctuent en fonction des naissances et des maladies (cf la terrible épizootie de 2007-2008 qui a décimé les bouquetins).

 

Il existe trois populations de bouquetins distinctes en Vanoise :

  • La population historique de Maurienne est la plus nombreuse : 729 individus en 2012. C'est la seule qui ait subsisté en France, avant que la chasse du bouquetin ne soit interdite et que le parc national de la Vanoise ne soit créé en 1963 : il ne restait que 60 animaux à cette date! La réintroduction du bouquetin en Maurienne s'est faite à partir d'animaux capturés dans la réserve italienne du Grand Paradis. Initialement située au dessus de Modane et de Termignon, cette population reconstituée s'est étendue géographiquement, vers le Nord en Tarentaise, et à l'Ouest vers le Grand Perron des Encombres, en dehors du parc. Côté Tarentaise, on trouve des bouquetins dans la vallée de Pralognan, du côté du Mont Bochor et des flancs des glaciers de la Vanoise. J'en ai ainsi observé plusieurs fois au-dessus du refuge de la Valette, sous les glaciers.

 

IMG_2702.JPG

Jeune bouquetin mâle, sous les glaciers de la Vanoise, au-dessus du refuge de la Valette (zoom)

 

Plus récemment, une population de bouquetins s'est installée dans la vallée de Méribel, dans le secteur du Revers et du glacier de Gébroulaz, des Monts Coua, du col du Grand Infernet, des Eaux noires. J'en ai observé à plusieurs reprises dans ce périmètre, ce qui est le cas d'autres randonneurs également. J'ai aperçu également une étagne sur les dents de la Portetta, côté vallée des Avals, et, à une autre occasion, une harde mixte de mâles adultes et d'étagnes accompagnées de cabris en haut du passage de Mey (fin juillet). Il doit donc y avoir des bouquetins qui transitent entre la vallée de Pralognan et celle des Avals. Sinon, en ce qui concerne la Maurienne stricte, au-dessus de Termignon, les bouquetins sont présents un peu partout, par exemple dans le vallon de la Leisse, la face Sud de la Grande Casse, etc. Au-dessus de Modane, ils se trouvent aux alentours du col de Chavière (lac blanc sous Polset), autour de la pointe de l'Echelle et du Râteau d'Aussois et du col d'Aussois. C'est près de ce col, côté Maurienne, que j'ai eu la chance d'observer des bouquetins pour la première fois. Je devais avoir à peu près 11 ans. A l'Ouest, il est également très facile d'observer des bouquetins sur le grand Perron des Encombres où ils sont nombreux : environ 500 individus (population non incluse dans le recensement conduit par le parc de la Vanoise).

 

  • Une autre population existe dans la vallée de Peisey et de champagny, initialement réintroduite par l'homme. Actuellement, elle compte 648 individus. Elle se situe essentiellement sur le pourtour du Mont Pourri et de Bellecôte. La tendance actuelle est à la colonisation de l'ensemble de la rive gauche de l'Isère. Côté Champagny, le bouquetin est facilement observable à proximité du refuge de Plaisance, dans le secteur du Cul du Nant (versant Sud de Bellecôte), près de la pointe du Vallaisonnay (j'y ai vu un jeune mâle sur la face N-O de la pointe, à la limite supérieure des alpages), mais surtout dans le secteur de la pointe des chardes et du golet de Vallaisonnay, où j'ai pu observer plusieurs dizaines de mâles.

 

  • La troisième population de bouquetins en Vanoise, 464 individus, est localisée sur la rive droite de l'Isère, en Haute-Maurienne et en Haute-Tarentaise, à la frontière italienne. D'ailleurs, certaines hardes transitent entre la France et l'Italie, au niveau du parc du Grand Paradis. Du Sud au Nord, le bouquetin est présent sur les crêtes frontalières de Bessans et de Bonneval sur Arc en Haute-Maurienne. En Haute-Tarentaise, il se trouve dans le val Prariond, et dans la réserve de la Sassière. Plus au Nord, les effectifs ne sont pas comptabilisés par les gardes du parc de la Vanoise, mais le bouquetin est également présent dans le vallon de Nant-Cruet, autour de la pointe d'Archeboc (60-100 animaux en été), et jusqu'au Ruitor.

 

*Tous les chiffres et estimations portant sur la population de bouquetins en Vanoise sont issus du  recensement de 2012 conduit par les gardiens du parc.

 

 

Contrat Creative Commons
Le contenu de Fruits de passions by Guillaume Humblot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.

 



20/09/2014
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Voyages & tourisme pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 7 autres membres