Fruits de passions

Fruits de passions

Ghost in the shell : à l'aube d'un nouveau monde ? (partie 1)

Cliquez ici

 

Cet article est en partie inspiré d'un article de Wikipedia (en anglais) : Philosophy of Ghost in the Shell

 

 

 

 

A l'origine, Ghost in the shell est un manga de science-fiction de Masamune Shirow (également auteur d'Appleseed), dont le premier tome est sorti au Japon en 1989. Il a ensuite été adapté en deux films et en une série animée (deux saisons + un OAV).

Inspirée du courant Cyberpunk, l'histoire se déroule au Japon dans les années 2030. Le monde a  traversé successivement une guerre nucléaire et un conflit conventionnel, qui ont bouleversé les équilibres géopolitiques issus du XXè siècle et ont accéléré le développement d'un nouveau système technique (qu'on pourrait appeler "cyber"), basé sur les technologies de la cybernétisation, de l'intelligence artificielle (IA), de la robotique, des réseaux numériques, ainsi que sur les nano-technologies.

Motoko Kusanagi, le personnage principal de l'histoire est un cyborg intégral de sexe féminin. Seuls témoins de son origine humaine, son "ghost" (esprit ou conscience) et une partie de son cerveau d'origine sont enfermés dans un corps entièrement artificiel. Elle est un agent de la section 9 de la Sécurité publique japonaise, une unité policière secrète de lutte anti-terrorisme spécialisée dans l'utilisation des technologies "cyber".

 

Avec beaucoup d'intelligence, Ghost in the shell évoque les répercussions de ce nouveau système technique sur l'activité humaine, mais également sur notre conception même de la nature de l'Homme et de la vie.

C'est ce dernier aspect qui fera l'objet de cet article, découpé en trois posts :

  • Homme et machine : une évolution convergente
  • L'avènement d'un réseau total ?
  • Etape ou fin de l'histoire de l'Humanité ?

 

 

HOMME ET MACHINE : UNE EVOLUTION CONVERGENTE

 

Dans Ghost in the shell, on assiste à une double évolution : les humains sont de plus en plus mécanisés et les machines sont en voie de vitalisation et d'humanisation.

 

Ainsi, le corps humain comprend de plus en plus d'éléments artificiels. Organes, muscles, os,  épiderme et système nerveux peuvent tous être remplacés par des "produits" plus "performants".

 

L'évolution la plus cruciale concerne peut-être le cerveau, avec l'apparition du cyber-cerveau.

Ce dernier est un module autonome constitué d'une coque protégeant un cerveau dont les performances ont été artificiellement améliorées. De plus, le cyber-cerveau comprend une interface permettant de le relier à des réseaux de communication externes (internet, communication de personne à personne sans fil ou avec fil, etc).

Cela implique que la mémoire d'un individu, numérisée dans le cyber-cerveau, peut être transférée sur un autre support à la manière du transfert de données sur un disque dur externe ou sur un serveur.

Mieux, le cyber-cerveau, étant autonome, peut être retiré du corps, implanté dans un autre ou dans une machine, voire même stocké n'importe où, comme un vulgaire objet (cf, par ex, l'épisode 1 de la série Ghost in the shell - Stand alone complex : "Section 9")!

 

Dans le monde de Ghost in the shell, les individus sont plus ou moins cybernétisés. Certains ne le sont pas  du tout, d'autres n'ont, en guise de cyber-cerveau, qu'une interface les reliant aux réseaux de communication, ou seulement quelques éléments artificiels dans leurs corps. Enfin, il existe des individus cybernétisés à quasi 100 % : ce sont les cyborgs.

La plupart des membres de la section 9 en sont. A part quelques bouts de cerveau, seul leur ghost (esprit, conscience) les différencie d'une machine.

Le concept de Ghost reste assez vague : on pourrait le traduire par "âme", "esprit", ou conscience. La seule information que l'on ait, c'est que le ghost est intrinsèquement lié au corps qui l'abrite. Il est pourtant bien possible de le transférer d'un cyber-cerveau à un autre ou de le stocker à part, mais, pour cela, tous les stimuli du corps  qui lui étaient associés doivent être conservés pendant le transfert.

C'est ce que l'on voit dans le tome 2 du manga, quand le cyber-cerveau de Motoko est retiré de son corps pendant un certain temps : les stimuli liés à ce dernier sont simulés, comme si de rien n'était.

Cette simulation est indispensable, sinon, le ghost se délite rapidement et finit par disparaître... 

 

 

Installation d'un cyber-cerveau dans un corps cybernétique

en cours de fabrication (Ghost in the shell 1, film)

 

 

En ce qui concerne les machines, elles sont évidemment de plus en plus sophistiquées.

Certaines, des androïdes, sont des copies parfaites du corps humain (du moins, vu de l'extérieur)... hormis l'absence de ghost. La technologie employée est exactement la même que celle utilisée pour la fabrication des corps de cyborgs...


Mais l'avancée la plus notable concerne la technologie des intelligences artificielles (IA), qui rend parfaitement autonomes les machines qui en sont dotées. Les Tachikomas, présents dans la série animée, en sont une bonne illustration. Ce sont des mini-tanks, servant de support d'artillerie et de protection aux agents de la section 9. Dotés d'une IA très performante et flexible pour satisfaire aux exigences du combat, ils ont une personnalité d'enfant curieux (et espiègle!). Au fur et à mesure des expériences qu'ils vivent, on les voit évoluer au point de comprendre le concept d'individualité (alors que leurs mémoires sont régulièrement synchronisées afin qu'ils partagent tous les mêmes souvenirs...).

Plus fort encore, ils en viennent même chacun à acquérir... un ghost!


 


Les tachikomas en grande discussion

(Ghost in the shell - Stand alone complex)

 

 

En effet, Masamune Shirow considère autant le ghost comme un trait physique (un scanner peut le détecter) que comme une phase ou un phénomène apparaissant dans un système lorsque ce dernier atteint un certain niveau de complexité (il l'explique dans un note comprise dans le tome 1 du manga).

Ainsi, dans le premier film et dans le manga, on voit même un programme informatique d'espionnage opérant sur le net, le projet 2501 ou "puppet master", acquérir un ghost!

 

A ce stade qu'est-ce qui différencie encore une machine d'une personne ou d'un être vivant ?

Une personne est un être doté d'une conscience, du libre-arbitre, ce qui le rend apte à raisonner, à ressentir des émotions, à faire librement des choix. C'est bien le cas des tachikomas, qui ont un faible pour batou, l'un des membres de la section 9, et qui, à la fin de première saison de la série, n'hésitent pas à se sacrifier de leur plein gré pour lui. C'est aussi le cas du "puppet master", qui finit par trahir ses concepteurs et le pays qui l'emploie.

Une personne est un sujet de droit; c'est d'ailleurs dans cette logique que le "puppet master" demande l'asile politique au Japon, en tant que forme de vie dotée d'une conscience. Pour un programme informatique, c'est gonflé!

 

Pourrait-on dire que les tachikomas et le "puppet master" sont vivants ?

Un être vivant est une forme auto-organisée et homéostatique* de la matière ayant une capacité de duplication et d'évolution. Visiblement, il manque cette dernière capacité aux êtres artificiels. Le "puppet master" explique qu'il pourrait bien se copier à l'infini, mais qu'il suffirait d'un simple virus pour l'anéantir. En effet, une copie ne présente aucune originalité, n'apporte aucune nouveauté et ne permet aucune évolution, des signes permettant de caractériser la vie.


D'autre part, un être vivant fait partie d'une espèce et doit pouvoir... mourir. C'est par la mort et la reproduction, en laissant la place aux générations suivantes, qu'il donne la possibilité à son espèce d'évoluer. C'est le cycle de la vie. Si l'on prend le cas des Tachikomas, au début de la série, ces derniers ne comprennent pas ce que signifie "mourir". Il leur faudra être les témoins de la tristesse que procure la mort (cf l'épisode de la petite fille qui pleure son chien disparu) et leur choix de se sacrifier pour comprendre et vivre cet évènement.


A partir du moment où il s'est incarné (il a transféré son ghost dans un corps cybernétique), le "puppet master" a fait le choix de devoir mourir un jour. Il souhaite donc acquérir la capacité de reproduction, afin de faire perdurer une partie de lui-même à travers ses descendants, au-delà de sa propre mort.

C'est pourquoi, dans le manga (tome 2) comme dans le premier film, le "puppet master", doté d'une conscience et souhaitant s'insérer dans le cycle de la vie, demande à Motoko de fusionner son ghost avec le sien, ce qu'elle accepte.

 

Avec cet évènement, la boucle est bouclée; la machine et l'être humain ont fusionné, donnant naissance au premier représentant d'une nouvelle forme de vie consciente...

 

Suite de l'article : L'avènement d'un réseau total ?

 

 

*se dit d'un système capable de maintenir son équilibre de fonctionnement malgré les contraintes extérieures

 


Contrat Creative Commons
Le contenu de Fruits de passions by Guillaume Humblot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.



13/01/2011
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Voyages & tourisme pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 6 autres membres